Guénaël Beschi + Dessins + Carnets + Photographies + Animations + Textes + Contact + CV
 

 

 

 

 

 

 

« (Le Chamanisme) est la racine la plus profonde... Je considère cette conduite ancienne comme liée à une idée de transformation... Si le chamanisme représente un point dans le passé, il indique aussi une possibilité de développement historique... Quand je suis considéré comme une sorte de figure chamanique ou j'y fais moi-même allusion, c'est pour souligner ma croyance en d'autres priorités... Dans des lieux comme les universités, où chacun parle de manière rationnelle, il est nécessaire qu'apparaisse une sorte d'enchanteur...

citation de Joseph Beuys dans Le Chamanisme, Michel Perrin, édition "Que Sais-Je", 1995.

 

 

 

 

 

Son travail développé essentiellement dans les ateliers de lithographie ,sérigraphie et
gravure de notre école l’a amené, bien évidemment à confronter ces différents médiums à
son dessin et à ses recherches plastiques.( …)

Un jeune travail extirpé à bras le corps de son univers intime.

Patrick Devreux, professeur à l’ENSBA, 2008.

 

 

 

 

 

CE QUI SE NOUE AUTOUR DE "LÉPREUVE DU TRAVAIL".

Dans les oeuvres de Guénaël Beschi, on sent le poids des choses. Comme une gravité. Gravité dans le double sens du terme: attraction terrestre, ou plutôt attrait de la terre. Et gravité dans le sens de quelque chose d'important, de sérieux, d'austère parfois, le contraire de "frivolité" ou de "désinvolture", disons.

Ainsi, dans ses dessins, on sent le poids de l'outil, celui de la main, celui du trait appuyé, vigoureux comme un cheval de trait. Il dessine comme on laboure la terre, il trace comme un soc de charrue dessine des sillons dans un champ travaillé.

Ou bien il grave. Mais ce qu'il grave, là encore, c'est le poids du tracteur, sa marque, son empreinte, le dessin de ses pneus. Comme dans cette photo de la série "Les fosses", où la terre a été tassée par le passage et le repassage des roues.

Du même trait vigoureux Guénaël Beschi trace aussi ses mains quand elles dessinent ou découpent. Ou bien d'autres mains qui prennent, qui serrent, qui tiennent, qui tirent, qui triment... Elles me font penser aux dessins de Fernand Léger préparatoires aux "Constructeurs" (1951).

Dans d'autres séries, le sujet se réduit aux seuls outils: une hache, une pointe de marteau piqueur, un sécateur... A ce titre, la plus exemplaire est celle des "Pelles" de 2007-2009 où le motif à variations est la simple forme de l'outil: l'escoupe, la savoyarde, la ronde de maçon...

Autre thème récurrent, celui des fosses. Au premier regard, on pense à une résurgence du Land Art (Michael Heizer, ou bien Ana Mendieta dans un registre plus mortuaire). Jusqu'au moment où on se rend compte, grâce à certains détails laissés comme des indices, que ces trous
rectangulaires sont des fosses de cimetière.

Le travail, la main, l'empreinte, la trace, l'outil, la terre, les fosses, tous ces thèmes développés en séries par Guénaël Beschi, quasi simultanément et avec une sorte d'entêtement, on sent bien qu'ils ont un lien, qu'ils tissent une sorte d'histoire secrète. Mais quelle histoire au juste?

Cela intrigue, interroge, car ces thèmes sont plutôt rares dans l'art contemporain, n'est-ce pas? Etonnamment, c'est à travers son film d'animation  "Passages", de 2009, que l'artiste livre un commencement de réponse. Tous les éléments sont là réunis - la terre, les traces, les trous... Les pièces se mettent en place silencieusement.

Et la dernière image, très brève par pudeur sans doute, vient donner la clef impressionnante de cette histoire secrète, nécessairement autobiographique.

Jean-Yves Amir, 2016.

 

 

 

 

 

MATIÈRE

Creuser, texturer, découper, entailler, graver. A travers ses œuvres, Guenaël Beschi explore l’accroche de la lumière sur la matière. Sa série « Fosses » dialogue en deux dimensions avec son travail photographique sur les fosses funéraires. Il s’agit ainsi de donner un sens à la vie, entre représentation et incarnation. Plasticien, diplômé des Beaux-Arts, il développe un travail sur l’espace, et les objets qui le constitue. La magnifique série « Blocs » définie des archétypes d’intervention humaine sur la pierre, matière naturelle : les stries formées, par les perforations dans les blocs extraits des carrières, expriment la modénature d’une proto-architecture. La série « Pelles » conclue le cycle du travail de l’Homme sur la terre : de l’extraction des blocs à l’inhumation des êtres. Grâce à son art, il exprime les relations physiques et psychiques intrinsèques à nos êtres.

Mathieu Mercuriali, 2017.

 

 

 

 

 

 

L’INTÉRIEUR DE LA MATIÈRE

Je connais Guénaël Beschi depuis plusieurs années dans un cadre professionnel où nous évoluons tous deux sans savoir qu’il menait en parallèle une carrière d’artiste. Ce n’est que récemment que j’ai découvert son travail d’artiste : j’ai été alors frappé par la dureté, voire la violence, que celui-ci dégageait. Comme si la matière de l’œuvre en devenir nous ramenait vers la terre ou la pierre qui ne peuvent être œuvrés que par des forces venues de loin ou d’autres temps, à l’image de ces figures découpées (à l’exemple de « Le Chamane ») qui ont les couleurs du feu et l’expression presque sauvage et païenne de mythologies antiques.

Il procède par séries : la série de « Les pelles », celle de « Mes mains au travail », ou celle de « Les fosses » ou encore « Les champs labourés » et « L’épreuve du travail ». Titres, on peut le voir, significatifs d’une lutte contre la matière. La répétition que donne la série, et les variations qu’elle permet sur le même sujet sont là aussi significatives de la lenteur nécessaire et de l’effort obligé dans le « faire ». La pelle est un outil banal : elle permet de ramasser la terre et de la jeter ailleurs. On peut en rester à cette banalité la plus extrême. De cette banalité, lui tire un récit à la dimension tellurique. À chaque coup de pelle cette matière qu’on enlève ici pour l’ajouter ailleurs laisse sur la pelle des signes qui sont comme des sortes de tatouages gravés dans le métal jusqu’à devenir l’expression d’une lutte informe entre le plein et l’absence, entre la trace et la disparition.

Dans ces multiples récits sur l’âpreté de la matière, il introduit ses mains. La série « Mes mains au travail » a quelque chose de particulier : ce n’est plus l’objet du travail qui est signifié, mais le sujet : le laboureur, le cantonnier, l’artisan, le marbrier (ce qu’était le père de Guénaël Beschi), le sculpteur. Et les mains au travail s’entrecroisent, se multiplient, se brutalisent jusqu’à devenir elles-mêmes roche, terre, paysage.

C’est peut-être cela l’œuvre de Guénaël Beschi, homme doux aux questions vertigineuses : un récit sur la frontière indécise entre les forces qui commandent. Ou autrement dit : qui de l’homme ou de la matière façonne l’autre…

Luca Merlini, architecte, novembre 2016.

 

 

 

 

 

 

ABREUVE NOS SILLONS
Découvrant Guénaël Beschi via internet j'ai tout de suite aimé "champslaboures". Vu que je venais de passer 3ans à me traîner dans les mêmes champs d'honneur, à faire des photos 3D. Et il avait aussi mon motif "le feu" dans sa besace. J'en avais fait plusieurs. En 3D aussi. Et ensuite, de" pire en pire", je découvrais "LesFosses", et j'avais passé pas mal de temps aussi dans des trous-terriers. En réel comme en 3D. Dans "Lepreuvedutravail", les 3 mots me touchèrent profondément : le travail , l'épreuve, les preuves... Est-ce que l'art est une rédemption ? En tout cas je ne crois pas que tout y soit peine et fun. On quitte sa famille mais on ne la quitte pas vraiment. J'ai abandonné (mais l'abandonne-t-on vraiment ?) mon éducation au catéchisme pour un matérialisme certain. Aussi "blocgranit" est de ma nouvelle famille comme "travaux2003-2006", où les outils, la bétonnière, tout ce qu'on peut évoquer d'un travail manuel avec ses deux mains me sont honorables. "Geste après geste" ... J'avoue que je suis très excité qu'on puisse parler "travail" ici à propos de l'art, il me remonte des souvenirs d'enfance , et des souvenirs de Godard, et des souvenirs des meilleurs de
"support-surface", genre Bernard Pagès, même Ulkriem etc. , Toni Grand... Et surtout "Travail salarié et capital", le fameux matérialisme historique. J'ai montré "Ashes" de Steve McQueen à Guénaël, et il m'a dit :"Merci Alain, toute mon adolescence est là!". La mienne aussi d'une certaine façon car j'ai connu le béton très jeune et à l'âge qu'avait mon père quand il en faisait, je me suis mis moi aussi à inscrire la date du chantier dans le béton frais. Oui, 30 ans après avoir quitté la maison de mon père, dès que j'ai eu à faire du béton pour la mienne, j'ai inscrit la date dans le ciment frais, comme il le faisait.1989-2016, ce n'est pas rien. Les "traces du travail", comme dit Guenaël au sujet de son...travail... Il ne me contredira pas je pense si je dis que ce sont des traces du temps qui a passé. Les traces dans le béton sont une image du sotemps. Quand il dit qu'il porte sur son corps les traces du travail, je le comprends comme du temps, car il y a des marques qui marquent. Lorsque je me suis intéressé aux marques des pneus de tracteurs dans les champs, comme Guénaël le fait aussi, j'ai compris à posteriori que c'était marquer le temps qui passe ,le cycle des saisons etc. Bien sûr Guénaël a vu ça aussi. On en est là, au plus près de la terre labourée, et je finis par me dire que l'observation de la matière travaillée éloigne de la métaphysique.
Je pensais comme Brecht que celui qui travaille la terre, elle lui appartient et que les dieux n'ont rien à voir dans l'affaire ...Voir "La chute d’Icare" de Breughel...... Je suppose que Guénaël pense comme moi que travail manuel et intellectuel vont l’amble. Ou devrait. R.I.P Marx.
Guénaël a une pratique artistique très manuelle, peinture, gravure, estampe, dessin, collage. Il a sa manière dialectique à lui de faire des collages qui créent une image abstraite mais dont les éléments évoquent des matières, terre, fer, rouille, herbe.
Et en général Guénaël creuse. Son trait creuse la surface du papier : les "grottes". Il grave - creuse le support. Et pour créer, de façon plus ludique sans doute, des sortes de bestioles (le mot est de lui), il fait,

comme une respiration, je ne sais pas, il fait Les Chamanes. Peut-être y a –t-il de l'ironie à confronter ainsi une allusion métaphysique ( ?) aux matières terrestres utilisées. Comme la fameuse distanciation que Brecht voit dans le tableau de Breughel.
Je suis plus proche de Brecht que de Beuys, qui trouvait nécessaire qu’apparaisse, contre la contre la rationalité, une sorte d’enchanteur... Et moi c’est le matérialisme de Guénaël qui m’enchante.
Alain Duménieu, peintre, 2016.

 

 

 

 

 

 

C’est un jeune artiste fortement impliqué dans un rapport (liant dessin et pratiques éditoriales) du faire « au plus prés » au montrer . Un long travail en amont , vise à éprouver le sujet par le dessin , à l’intérioriser avant de le revivre sur la table d’ impression (lithographique ou sérigraphique) pour un travail sur l’apparition par le médium , plus que pour une reproduction- multiplication grâce au médium. Quelque soit sa pratique , c’est dessiner qui importe, car tout se met en place à cet instant, quel que soit le format.

Michel Salsmann, professeur à l'ENSBA, 2008.
               

 

 

                                                                                     

 

 

 

L’art n’a jamais refusé de s’intéresser au travail, de se le donner

pour objet d’étude ou de représentation.

Guénaël Beschi a acquis auprès de son père, artisan marbrier,

une longue expérience de manœuvre. Il a fait du labeur, de ce que

l’épreuve physique creuse dans les corps, dans la terre ou le métal

des outils, sa matière artistique. Le contact avec la matière 

s’exprime sous forme de documents photographiques ensuite 

redessinés puis gravés ( et dans ce travail très graphique, les 

entailles que l’artiste grave sur la plaque redoublent celles que le

temps, les chocs et l’usure ont portés sur le corps ou le métal), 

et enfin tirés sur papier.

Bruno Dubreuil, Immixgalerie, 2011.